Les cirques moteurs de la conservation des espèces ? Eric Bairrão Ruivo conteste.

Alors que les cirques avec animaux tentent de redorer leur blason en avançant les arguments de grands sauveurs et conservation des espèces, Eric Bairrão Ruivo - Conservationniste - prend position et rétorque ces arguments.

La commission interministérielle 

Vous le savez maintenant, le Ministère de l’Ecologie et l’ancien Ministre François de Rugy ont mis en place une commission interministérielle bien-être faune sauvage captive début d'année 2019. Cette commission se compose de 4 groupes de travail : cirque, zoo, delphinarium et fourrure. Code Animal participait aux groupes cirques et zoo. Aux côtés de 11 autres associations françaises, nous demandons au Gouvernement une interdiction immédiate de la reproduction et de toutes nouvelles acquisitions des animaux captifs des cirques. Nous souhaitons une transition vers des cirques sans animaux. 

Lors du groupe de travail cirque, les professionnels ont souligné le fait que leur activité avec les animaux sauvages participait à la conservation des espèces. On peut également le voir figurer sur certains cirques (Le cirque de Venise arbore des panneaux de la WWF tandis que d’autres parlent de partenariats avec des associations in situ.).

Les cirques et la conservation des espèces ? 

Dans ce contexte, Eric Bairrão Ruivo, conservationniste et Président de la Commission Conservation de l’Association Européenne de Zoos et Aquariums (EAZA) mentionne précisément que la place des animaux n’est pas dans un cirque et qu’en aucun cas les structures itinérantes peuvent se targuer d’avoir un quelconque rôle dans la conservation des espèces dans une lettre qu’il nous a transmis le 9 août 2019.


Je suis Eric Bairrão Ruivo, Conservationniste et Président de la Commission de Conservation de l’Association Européenne de Zoos et Aquariums (EAZA).
Je travaille depuis plus de 25 ans dans la conservation intégrée des espèces basée sur le One Plan Approach (un seul plan de conservation pour chaque espèce) défini par l’Union pour la Conservation de la Nature (UICN). Dans ma carrière professionnelle j’ai été cadre dirigeant dans plusieurs institutions de conservation et j’ai développé et soutenu de nombreux programmes de conservation dans le milieu naturel, y inclus plusieurs programmes de réintroduction de spécimens élevés dans le cadre de programmes d’élevage coopératifs internationaux, notamment dans les parcs zoologiques et centres d’élevages, comme par exemple les condors des Andes, les pandas géants ou les gorilles. Je me suis aussi impluqué fortement dans des programmes de lutte contre les espèces envahissantes, y compris en France.
Depuis longtemps, j’ai milité contre la présence d’animaux dans les cirques. Effectivement, je pense que les cirques peuvent tout à fait être un spectacle agréable et unique, mais que les animaux sauvages n’ont pas leur place dans ces institutions pour diverses raisons : bien-être animal déficient à cause de conditions de détention inadéquates et des transports trop fréquents, une sociabilité inadaptée, aucin but pédagogique ou de conservation, et un répertoire de comportements non naturels.
Quand j’étais directeur zoologique du Zoo de Lisbonne, j’ai participé aux changements législatifs qui ont mené à l’interdiction d’acquisition et de reproduction d’animaux sauvages par les cirques. Plusieurs pays européens ont établi des législations semblables, et je pense que la France où les animaux ont un statut juridique bien plus important que dans la plupart des pays, devrait suivre ces exemples et interdire l’acquisition et reproduction d’animaux sauvages par les cirques.
L’EAZA a d’ailleurs très clairement pris position dans ce sens dans son code éthique en interdisant à ses membres de collaborer avec les cirques.

La position est claire, en tant qu'expert reconnu des animaux sauvages par son activité de conservationniste in-situ, Eric Bairrão Ruivo, appelle le Gouvernement français à prendre position pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques, au même titre que les 24 pays de l’Union Européenne, qui ont déjà pris position.

Eric Bairrão Ruivo rappelle également que l’EAZA (L’association Européenne des Zoos et Aquariums) avait déjà pris position en ce sens en 2017.

Cette lettre est sans appel et souligne une nouvelle fois l’impossibilité d’un quelconque bien-être animal dans des structures itinérantes, et le fait que ces structures ne proposent aucun but pédagogique ou de conservation des espèces qu’elles présentent.

Le retard du Gouvernement français 

Une nouvelle preuve qui s’inscrit dans celles déjà données et transmise au Gouvernement français qui montrent que la place des animaux sauvages n’est pas dans les cirques.

Nous nous demandons donc quelles sont les justifications de l’Etat pour ne pas légiférer pour l’interdiction de la présence des animaux sauvages dans les cirques et mettre en place un cadre réglementaire pour une transition. La France est sévèrement en retard sur la question de la considération morale que nous accordons aux autres animaux.


La position de Code Animal 

La conservation des espèces est un sujet délicat et complexe pour plusieurs raisons cependant, Code Animal s’est toujours positionné pour une conservation in situ (dans le milieu naturel des espèces en question). Nous pensons que si les biotopes (environnements écologiques dans lesquels vivent les espèces en question) ne sont pas eux-mêmes préservés, alors il ne peut y avoir conservation. Mettre les espèces sous cloche ou créer des banques génétiques en attendant des jours meilleurs ne sont que des projets utopiques lorsque nous savons que des transformations climatiques vont changer la face de la Terre dans les prochaines décennies. En effet, le déclin de la biodiversité est dû en premier lieu à la destruction des habitats, mais aussi à la pollution, au braconnage, à la surexploitation des espèces, aux changements climatiques (très influencés par les activités humaines). Sans un changement drastique des mentalités et un véritable déclic chez les politiques du monde entier, préserver des espèces n’aura pas d’utilité car il n’y aura plus d’espaces pour les réintroduire. Pour plus d’informations, lire les rapports du GIEC ou les rapports IPBES entre autres choses. 

Bien que le sujet des parcs zoologiques puisse encore poser question sur les domaines de la conservation des espèces d’un point de vue scientifique et pour le grand public, les cirques, eux, jouent hors ligue.

 

Publié le: 
16/08/2019